L’ancienne route du thé et des chevaux : un voyage à travers le Yunnan, le Sichuan et le Tibet
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Certaines routes représentent la capacité humaine à trouver des réponses et des solutions aux besoins de la vie, même dans les conditions les plus difficiles. C’est pourquoi elles entrent dans l’histoire. Chez Ink Voyages, nous pensons que l’ancienne route du thé et des chevaux (« Cha Ma Gu Dao » en chinois = « Cha/茶/thé – Ma/马/cheval – Gu Dao/古道/route ancienne ») en fait indéniablement partie.
Parfois incluse dans le système plus large des « routes de la soie méridionales », cette route commerciale voyait transiter diverses marchandises, notamment la laine de yak, les plantes médicinales, le sel, le beurre, les fourrures, le riz et les céréales. Cependant, la domination commerciale et stratégique du thé et des chevaux lui a valu son nom légendaire et une identité historique indépendante.
Une route dangereuse
Imaginez une « route » qui se compose en réalité de multiples chemins se ramifiant dans de nombreuses directions, tous partageant un objectif fondamental : transporter le thé du Yunnan et du Sichuan vers le Tibet en échange de chevaux, essentiels tant pour le commerce que pour la guerre.

Imaginez des sentiers se déployant à travers les montagnes, franchissant des cols à plus de 4 000 mètres d’altitude, avec des caravanes composées uniquement de bêtes de somme et d’hommes — les itinéraires étant trop accidentés pour laisser passer des chariots. Ensemble, hommes et animaux progressent dangereusement et obstinément le long de pistes à peine praticables longeant des précipices et des gorges profondes.

Imaginez un muletier expert, un mafu, ouvrant la marche et guidant un groupe avançant en file indienne sur un terrain périlleux. Nous sommes en août, et les pluies sont fréquentes au Yunnan. Il maudit chaque pas, exhortant le groupe à ne pas s’arrêter. Soudain, il entend un sabot perdre prise, le braiment maladroit d’un mulet… Il se retourne, mais il est impuissant. L’animal, épuisé par les 70 kilogrammes de thé qu’il transporte depuis plus d’un mois, glisse sur le sol friable et plonge dans le vide avec sa précieuse cargaison.
Les eaux tumultueuses du fleuve Jinsha l’engloutissent à jamais. La route du thé et des chevaux a fait une victime de plus. Mais il n’y a pas de temps à perdre : la caravane doit poursuivre sa route vers Lhassa, où le précieux thé de Pu’er est attendu.
Des épisodes comme celui-ci étaient une réalité le long de cette route impitoyable. Au-delà de la difficulté du terrain, il y avait des menaces humaines : les caravanes pouvaient tomber entre les mains de bandits attirés par le thé. Pour atténuer le risque, elles étaient souvent escortées par des nomades Khampa, habiles au combat. Cela ne dissuadait pas toujours les voleurs (parfois des Khampa eux-mêmes), qui tentaient de dérober le thé la nuit, remplaçant parfois les briques de thé par de la terre ou des feuilles sèches pour imiter leur poids.
Si vous souhaitez approfondir le sujet, vous pouvez lire cet article du National Geographic et le livre de J. Fuchs, « The Ancient Tea Horse Road: Travels With the Last of the Himalayan Muleteers ».
Pour en faire l’expérience vous-même (en toute sécurité !), vous pouvez essayer l’un de nos itinéraires consacrés à l’ancienne route du thé et des chevaux au Yunnan.
Du thé en échange de chevaux


Le commerce le long de cette route s’est considérablement intensifié durant la dynastie Tang (618-907 apr. J.-C.). Son objectif principal était de transporter deux types de thé principaux — l’un de Pu’er au Yunnan, l’autre de Ya’an au Sichuan — vers Lhassa, au Tibet. En échange, les chevaux venaient du Tibet, devenant la pierre angulaire des armées chinoises durant une période où l’efficacité militaire reposait sur la cavalerie légère.
Les chevaux tibétains étaient très prisés pour leur endurance, tandis que le thé fournissait aux populations tibétaines essentiellement nomades une base végétale vitale pour équilibrer un régime riche en protéines. Les Tibétains intégraient la boisson au lait de yak, créant le thé au beurre tibétain, qui demeure un pilier des coutumes locales aujourd’hui.
Bien que la légende attribue l’introduction du thé au Tibet à la princesse Wen Cheng de la dynastie Tang, donnée en mariage au roi tibétain Songtsen Gampo, cela fait débat. Selon certaines sources (Nature), le thé aurait pu être présent dans certaines régions du Tibet dès le IIIᵉ siècle apr. J.-C.
L’association reste néanmoins plausible, car c’est durant la dynastie Tang que le commerce est devenu structurel, avant d’être officiellement organisé sous la dynastie Song (960-1279 apr. J.-C.). En 1074 apr. J.-C., le Bureau du thé et des chevaux établit le taux de change : 60 kilogrammes de thé pour un cheval.
Un mulet pouvait transporter entre 60 et 80 kg de thé soigneusement emballé, équilibré sur ses flancs. Certains animaux sélectionnés transportaient jusqu’à 100 kg. Sur les tronçons initiaux, le thé était souvent porté par des porteurs humains — des personnes qui supportaient des poids équivalents à ceux des bêtes de somme, avec des piles de briques de thé s’élevant plus haut que les porteurs eux-mêmes.
Une route ramifiée et internationale


Le réseau de routes s’étendait sur environ 10 000 kilomètres. Les principales branches étaient :
La branche du Yunnan (Pu’er à Lhassa) : Environ 2 500 km. Le trajet pouvait prendre un an en raison du terrain et de la saison des pluies (juillet-août). Du thé de haute qualité en « galettes » (bing cha) y circulait.
Si vous souhaitez en savoir plus sur le Yunnan, vous pouvez lire notre guide de voyage consacré à cette magnifique région ici.
La branche du Sichuan (Ya’an à Lhassa) : Plus de 2 000 km, nécessitant environ 8 mois. Elle transportait du « Zang Cha » (thé tibétain) en briques rigides, un thé destiné à l’usage quotidien.
Il s’agit dans les deux cas de thés sombres (hei cha). Le thé de Ya’an était post-fermenté avant le voyage pour survivre au trajet ; le thé de Pu’er s’améliorait naturellement en vieillissant durant le long périple.
Il existait également des branches de Pu’er vers Pékin pour les cours impériales, et vers le sud en direction du Myanmar, du Laos et du Vietnam. Au sud du Tibet, la route se poursuivait à travers le Népal jusqu’en Inde, lui conférant une portée internationale similaire à celle de la route de la soie.
Conclusion : une invitation à explorer

La modernité a remplacé l’ancienne route par des autoroutes et des voies ferrées. Si le progrès a mis fin à ces efforts surhumains, ce réseau de chemins rayonne encore d’un attrait irrésistible.
Si vous souhaitez explorer la Chine en profondeur, parcourez notre catalogue de voyages privés pour créer votre propre aventure le long de cette route légendaire. Ink Voyages vous souhaite le meilleur pour vos prochaines explorations !




